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Loi Blanquer : mais pourquoi tant de haine ?

Parlons pédagogie

Vitacolo s’intéresse à l’éducation des enfants dans toute sa globalité. Ce matin nous avons reçu cette tribune d’une enseignante d’un quartier prioritaire, elle est aussi impliquée dans l’association Vitacolo depuis près de 8 ans.
Nous vous partageons sa tribune et nous souhaitons ensemble ouvrir le débat et porter les bonnes réflexions au ministère.

 

Loi Blanquer : mais pourquoi tant de haine ?

Pour de nombreux professeurs de l’école publique, cette loi passe mal. Et pourtant, médiatiquement, les relais sont peu nombreux pour parler des grèves locales, des écoles mortes (choix que font les parents de ne pas mettre leurs enfants à l’école pour manifester leur opposition à cette loi) et de toutes les actions qui ont lieu ici et là sur le territoire. On nous reproche de surinterpreter la loi quand on craint qu’elle ne permette au privé de prendre une place de plus en plus importante sur le « marché » de l’éducation. On nous reproche d’exagérer quand on dit que cette loi est floue et qu’elle permettra très vite un démantèlement en règle de l’école publique et le constat (inévitable ?) que les conditions d’enseignement y sont décidément trop médiocres et dégradées et qu’il faut d’urgence permettre au privé de prendre des parts là-dedans. Cela ne vous rappelle rien ?

Beaucoup de mesures de la loi Blanquer ont une double face ce qui rend leur interprétation complexe pour la majorité des gens (et je les comprends !). Quelques exemples :

→ l’école maternelle sera obligatoire dès trois ans.

Vous vous dites : Mais c’est génial !! Enfin l’égalité totale d’accès à l’éducation et une prise en charge très rapide des élèves les moins favorisés.
Oui mais.... en réalité, 97% des élèves sont déjà scolarisés en maternelle en France. Les 3% restants sont essentiellement localisés en Outre-mer (Guyane et Mayotte). Donc il n’y avait pas besoin de faire une loi pour l’obliger, dans les faits les enfants non scolarisés avant 6 ans sont peu nombreux.
Sauf que si l’école maternelle devient obligatoire, cela signifie que l’état doit la subventionner. Donc... à partir de la rentrée prochaine l’état subventionnera toutes les maternelles c’est-à-dire aussi les maternelles privées qui jusqu’à présent ne l’étaient pas car elles n’avaient aucun caractère obligatoire. Alors que les baisses de moyens sont constantes dans le public, nous déplorons que l’argent dont dispose la maternelle soit redistribuée vers le privé.

→ c’est la fin des trois séries générales au BAC + la fin du BAC national

Vous vous dites : Mais c’est génial !!! Enfin un parcours personnalisé pour les élèves, et non plus trois grandes séries qui ne représentent pas forcément les spécificités, les goûts, les choix de nos enfants/élèves ! Enfin un système plus « à la carte » qui met l’élève au centre !
Oui d’accord.... mais à condition que toutes les spécialités soient proposées dans tous les lycées ! Et cela ne sera pas le cas à la rentrée prochaine car ce serait beaucoup trop coûteux. Ainsi des élèves comme ceux du lycée Doineau à Vaulx-en-Velin (banlieue de Lyon), auront le choix entre bien moins d’options que des élèves de centre-ville. Où est la « méritocratie » que vante notre président ? L’égalité territoriale ? L’école n’est-elle pas censée rattraper les inégalités de départ en proposant à tous une offre de formation équivalente et de qualité ?  
Et la fin du Bac ? Vous vous dites : Enfin, mais c’est génial !!! Un seul examen national qui sanctionne deux ans d’étude, l’injustice des épreuves auxquelles on peut échouer etc.
Oui OK, le Bac n’était pas parfait. Mais au moins il mettait à égalité tous les élèves d’une classe d’âge qui le passaient et ces derniers se distinguaient par l’obtention ou non d’une mention. Dorénavant, 40% du Bac se passera en contrôle continu. Nul besoin de vous dire qu’un bac obtenu dans un lycée de zone périphérique, moins réputé aura moins de valeur qu’un bac obtenu dans un lycée prestigieux.

Et puis il y a toutes ces mesures où l’on ne peut pas se méprendre, qui ne font pas l’ombre d’un doute. A moins que vous vous réjouissiez du tiers des heures de l’enseignement général (français, anglais, histoire-géo, éducation civique) qui va disparaître des lycées professionnels à la rentrée. Pour former des ouvriers plus malléables et moins cultivés. A moins que vous vous réjouissiez du recours massif aux contractuels dans le primaire et le secondaire (5 à 10% actuellement, 25% visés par Blanquer). Pour avoir des profs moins formés, moins payés, et « jetables » à la moindre contestation.

De nombreux profs se mobilisent, avec leurs moyens et leur colère et essaie de lutter contre ces mesures qui ne leur inspirent aucune confiance pour l’avenir de leurs élèves, surtout dans les quartiers les plus défavorisés.
Voilà pourquoi tant de haine M.Blanquer, nous regrettons d’avoir un ministre de l’éducation nationale si peu en phase et en lien avec la conception que nous avons du service public d’éducation.

 

 

Nous serons ravis de lire vos commentaires en bas de cet article et ouvrir ensemble le débat.

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