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[Tribune] Aux biens pensants les heures sombres de l’avenir citoyen

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« La République n’est pas à la carte ! », voilà une phrase que nous entendons depuis longtemps et qui ressort aujourd’hui après un passage de la Secrétaire d’Etat, chargée de la Jeunesse et de l’Engagement, Sarah El Haïry à des rencontres organisées par la fédération des centres sociaux à Poitiers. Ces dernières ont fait couler beaucoup d’encre, entre soutien à une position ferme du gouvernement et de ses élu.e.s, rappelant l’obligation d’homogénéisation des « valeurs républicaines » sur tout le territoire français et la nécessité des acteurs éducatifs de les porter,  et entre réalité de terrain rappelant l’imposition de faire avec ce que l’on a, même si ce que l’on a peut perturber…Petite réflexion partagée…

Une autorité républicaine : un équilibre entre légitimité et crédibilité

De par cette définition nous comprenons rapidement que l’autorité, c’est-à-dire la responsabilité de faire grandir (Michel Serres-l’autorité), ne peut s’imposer mais existe parce que l’on croit en son dépositaire et que l’on accepte cette dernière. Il ne suffit pas seulement d’en avoir le droit, il faut que nous puissions y croire! De ce fait il est possible pour l’Etat de subir une carence d’autorité, notamment lorsque ce dernier n’arrive pas à tenir ses engagements en matière de pacte républicain : liberté, égalité, fraternité. Toute la difficulté donc est là pour les actions socio-éducatives en zones prioritaires ou dans d’autres lieux où cette crédibilité peut être questionnée.

Et c’est ce qu’il s’est passé lors de ces rencontres avec la Secrétaire d’Etat où certains jeunes ont pu remettre en question cette crédibilité : croyons-nous que l’Etat constitue une société laïque où tout le monde est l’égal de l’autre ? Contrôle policier orienté, cache des signes d’appartenance religieuse, repas non confessionnel dans les cantines…tant de questions sur lesquelles Mme la Secrétaire d’Etat a essayé d’y répondre par un rappel du pacte républicain et de l’autorité d’Etat (en tant qu’arbitre), ce qui a porté certains jeunes et journalistes à exprimer un « dialogue de sourds ». Et c’est ainsi que la carte de la République réapparait ainsi que la critique des adultes organisateurs de ces échanges, qui auraient dû corriger le tir plus tôt.

 

Eduquer et/ou séduire ? Un rôle délicat du monde socio-éducatif

Par éducation nous entendons la définition latine suivante : nourrir, faire grandir, conduire vers. Et par séduction : conduire à soi, conduire à l’écart. Dans ce contexte si ardu que peut être une rencontre de classes (ce qui fut le cas ici), il est parfois difficile de construire un dialogue serein et ouvert. Le piège de vouloir s’arquer sur ces positions est facile, tant pour des jeunes que pour une Secrétaire d’Etat. Mais qui a la responsabilité de marquer l’ouverture ?

Comme l’a dit récemment Philippe Meirieu dans un tweet : « L’éducation prend les jeunes comme ils sont…justement pour ne pas les laisser là où ils sont ». Ce à quoi nous croyons à Vitacolo, c’est à la responsabilité du citoyen (particulièrement quand celui-ci se dit majeur et éduqué) de pouvoir accueillir l’autre dans son chemin de réflexion. Accueillir c’est donc accepter une opinion, différente, parfois dure. Parce que c’est en acceptant qu’elle soit dite que nous pouvons ensuite construire des débats, des actions culturelles, des temps d’échanges et des rencontres. Ce qui permet de poursuivre collectivement les réflexions et ouvrir d’autres possibles. C’est tout l’art de l’éducation, aussi difficile et lent soit-il. Il faut savoir faire des pas de côtés pour entendre, pour ensuite trouver les outils qui permettent de mieux faire connaître les concepts, notamment de cette fameuse carte républicaine.

Quel est le rôle de l’éducateur.rice : transmettre ses valeurs ou permettre à l’individu de se construire ses propres valeurs ? Devons-nous imposer le cadre républicain ou donner les outils à l’individu (mineur) afin d’y adhérer ? 

L’éducation n’est pas une science molle et dogmatique, elle est aussi un espace conflictuel où l’accueil de sentiments et d’opinions sont quotidien. Ce n’est pas un savoir rationnel. C’est une culture née des empirismes de tout un chacun, de toute une société. En colo, en centre social, en maison de quartier, en camp scout, en club … Notre mission est d’offrir les expériences de faire ensemble les plus bénéfiques pour la société. Nous sommes garant de la sécurité morale, c’est-à-dire de permettre à un.e jeune de vivre une expérience où il adhère à un cadre de vie dans lequel il comprend les limites et les responsabilités, qu’il a lui-même co-construit et qu’il peut, en dialoguant, faire évoluer…

Alors oui parfois c’est difficile et cela conduit à des situations comme ce qui a pu se passer à Poitiers. Est-ce que les organisateurs se sont faits dépasser par le sujet ? Peut-être.

Et s’ils ne se souciaient pas de cela car ils n’attendaient pas de ce temps une conclusion préconçue et conventionnelle ? Et s’ils cherchaient justement à offrir un lieu et un cadre pour obtenir une démarche citoyenne : partager des constats, construire des orientations politiques, identifier des moyens pour les atteindre ? Et si le RDV n’était pas manqué, avec une réponse républicaine à la hauteur ?

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